Question d’étiquette

Le projet The Label Project d’Anne Fauteux a débuté en 2003 à Barcelone. Depuis, la camisole de force recouverte d’étiquettes de vêtements a parcouru le Mexique, la Suisse et la Nouvelle-Zélande. Après ce passage à Montréal, elle partira pour le Brésil, à Sao Paulo.

« Laissez-moi vous libérer de vos étiquettes!  »

Je lui en ai laissé deux. Une qui était sur mon chandail des Beatles, une étiquette signée Amen que l’artiste a cousu sur la veste, ironiquement juxtaposée à une étiquette de marque G-sus Sindustries, et je lui ai également légué celle qui était sur ma veste Adidas, vintage. J’ai décidé de plein gré, car elle n’oblige personne, de la laisser me « libérer » d’une part de publicité que ces compagnies se faisaient sur mon dos, littéralement, après avoir parlé couture, d’appartenance, de théatralité, et de sport.

Anne Fauteux parcourt les environs du square Cabot à la recherche d’échanges et de contacts avec les passants. D’abord, ce sont majoritairement ces derniers qui l’abordent, intrigués par la fabrication de l’habit qu’elle confectionne sur place; dans la rue, sur la terasse d’un café ou dans les souterrains d’Atwater. Puis, de fil en aiguille, selon les circonstances et individus, l’échange évolue. Il peut devenir question d’informations sous-jacentes à l’industrie de textiles, de branding de vêtements ainsi que du concept de seconde peau et de son symbole d’appartenance sociale.

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L’habit en question prend la forme d’une camisole de force dont les manches sont conçues afin d’évoquer la pose arrogante des top modèlesplutôt que les bras croisés. Bien entendu, les sous-entendus sont multiples, mais Fauteux laisse place à l’interprétation et au choix de l’interacteur pour qu’il s’en fasse sa propre idée, selon son bagage personnel (et ses goûts vestimentaires). Après que celui-ci, s’il ne s’est pas choqué lors de la conversation, ait rendu l’âme au marqueur d’authenticité de son vêtement (on entend par vêtement tout ce qui détient une étiquette), le donateur peut porter la veste en public. Ceci semble plutôt rare lorsqu’il est seul. Il peut également authentifier son propre geste en signant le carnet « municipal ». Pour chaque ville où l’action de la veste se manifeste, il y a une zone appropriée sur la camisole de force ainsi qu’un carnet d’authentification. Cependant il ne s’agit pas de signer le carnet avec un crayon, mais bien d’y laisser son étiquette personnelle, soit celle made in papa/maman : l’empreinte digitale.dsc_0997

Le projet d’Anne Fauteux s’inscrit dans une série d’événements interactionnels qui se trament tous dans le tissu urbain. Ces événements trouvent leur « quartier général » au BOLM : Bureau des Objets Lyriques Migrateurs.

On peut lire sur le site web que « Le « produit » BOLM se situe davantage autour des situations crées qu’autour des objets per se. Le fait qu’on puisse les porter permet de leur donner un pouvoir d’intrusion et de contamination dans l’environnement social et ce, de manière poétique. Séduisants et ridicules, les objets appellent aux commentaires et stimulent des observations amusées concernant nos désirs, notre identité, ainsi que notre aliénation en tant qu’êtres urbains. Au travers des constituantes intimes et interactives de ses projets, BOLM a l’intention de donner au public un degré de responsabilité afin d’injecter l’art dans la vie et la vie dans l’art. »

www.bolm.ca

 

Jean-Philippe Luckhurst-Cartier

2 commentaires pour Question d’étiquette

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